Generation-P

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La petition

Le mercredi 21 Novembre, Generation P a présenté sa pétition au Parlement européen pour des stages équitable au regard de la présence du Commissaire européen Vladimir Spidla, plusieurs députés du Parlement européen et de nombreux stagiaires.

Liste des soutiens

 


Pour des "stages" honnêtes et un accès correct au marché du travail européen pour les jeunes.

Les requêtes


Nous ne pouvons pas accepter la situation soulignée ci-dessus. Comme le démontre l'expérience, le problème a une dimension transfrontalière et indubitablement européenne, même si la portée exacte n'est pas encore connue en raison du manque de données statistiques. Afin de limiter et de prévenir les conséquences socio-économiques mentionnées plus haut, qui entre elles-mêmes en conflit avec les idéaux de la politique sociale de l'Union européenne, le marché et la compétition des stagiaires, le marché du travail composé de stagiaires doit être limité.

En conséquence nous demandons au Parlement européen:

- de demander une intervention de l'Union Européenne

  • pour inclure les stages en général dans les statistiques européennes.
  • pour demander aux Etats-membres de produire des données sur les stages, et à partir de là,
  • pour produire une étude comparative sur les différents projets de stage existant dans les Etats-membres de l'UE.


- de demander une intervention de la Commission européenne afin de corriger l'impact négatif des courants projets de stage au sein des Etats-membres de l'UE en adoptant des mesures légales européennes sur des normes minimales et des standards pour les stages. Ce qui devra inclure

  • une limitation temporaire des stages
  • un salaire local minimum
  • une sécurité sociale en accord avec les standards locaux
  • et une connexion claire avec le programme éducatif en question

 

La situation

La structure du marché du travail est en train de se transformer d'une manière spectaculaire et, au cours des dernières années, l'emploi précaire est devenu de plus en plus courant et de plus en plus présent au sein de l'Union Européenne (UE). Les jeunes ont été particulièrement touchés par ce développement de l'emploi précaire. Ils rencontrent d'énormes problèmes pour entrer sur le marché du travail et sont confrontés la plupart du temps à des conditions de travail précaires telles que des bas salaires, une importante flexibilité des horaires de travail, une faible couverture sociale, etc.


Pour illustrer cette réalité nous pouvons évoquer les soi-disant "stages", au cours desquels les conditions de travail sont souvent très précaires. Si on prend pour exemple l'Allemagne et la France, ces deux pays comptent à eux seuls au moins 1,5 millions de stagiaires chaque année . De ce fait, si on considère l'ensemble des états membres de l'UE, il y a chaque année plusieurs millions de stagiaires.


Un stage, qu'il ait lieu avant ou au cours des études, peut se révéler pour les étudiants un bon moyen de mettre en pratique le savoir théorique acquis à l'université et de s'orienter professionnellement. Un stage peut aussi accroître les chances de l'étudiant d'intégrer au mieux le marché du travail. Un stage efficient et honnête est cependant limité dans le temps, rémunéré de façon appropriée, soumis aux normes de la sécurité sociale et adapté de manière satisfaisante au parcours éducatif du stagiaire, adapté par exemple au programme d'étude.


Malheureusement, ce n'est très souvent pas une réalité. Les stages perdent leur caractère éducatif . Ce qui est aggravé par le fait qu'un diplôme d'une bonne université et de nombreux stages pendant les études ne garantissent plus aujourd'hui l'accès au marché du travail et un emploi correct. Selon une étude de la Confédération syndicale allemande (DGB), presque 40% des diplômés font des stages . La moitié des personnes interrogées dans le cadre de l'étude HIS allemande déclare que leur stage ne les a en aucun cas aidés à trouver un emploi correct . Les tâches qui leur sont confiées sont souvent équivalentes à celles des employés, sans qu'elles soient accompagnées d'une rémunération équivalente. 50% des stages concernant des personnes déjà en possession de leur diplôme ne sont pas du tout rémunérés, selon l'étude DGB. Ainsi de tels stages sont monnaie courante, du travail non rémunéré appelé "stage" dans le but de ne pas avoir à payer un salaire normal et les charges qui l'accompagnent.


Les jeunes acceptent ces conditions précaires puisque les circonstances les y forcent très souvent. S'ils ne trouvent pas d'emploi correct mais seulement des stages, ils les préfèrent au chômage. De plus en plus, il n'y a pas d'alternatives tant que les entreprises, qu'elles soient privées à but lucratif, qu'elles appartiennent au secteur non lucratif ou même au secteur public, offrent toujours plus de stages au lieu de réels emplois. La conséquence de cet état de fait a été la création d'un "marché du travail stagiaire", venant s'ajouter au marché du travail réel dans de nombreux pays au sein de l'Union Européenne. Les pays où la situation est particulièrement inquiétante sont la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et l'Autriche. Les institutions européennes et les lobbys qui les entourent s'ajoutent également à cette liste.

Les conséquences socio-économiques sont énormes et ont un impact négatif sur les économies des Etats-membres de l'UE. En raison des salaires bas ou inexistants, les stagiaires ne payent ni taxes, ni contributions à la sécurité sociale du moment où ils tombent sous le salaire minimum. Si les entreprises emploient plus de stagiaires que d'employés, la compétition sur le marché interne européen est dénaturée. De plus, le manque de pouvoir d'achat des employés précaires affecte le marché négativement.


Enfin, les jeunes qui ont des emplois précaires, comme des stages, ne peuvent pas planifier leur avenir (ex: vie de famille) ce qui contribue à aggraver les problèmes démographiques que l'Europe connaît. Pauvreté, problèmes sociaux et une vision pessimiste des bénéfices de l'intégration européenne accompagnent la plupart du temps ce phénomène. En conclusion, le développement des stages contribue à l'effondrement du modèle social européen.



  1. 800,000 stagiaires en France selon le Comité Economique et Social Français; ce chiffre inclut uniquement les stages étudiants; voir: Walter, J.L., 2005, L’insertion professionnelle des jeunes issus de l’enseignement supérieur, Conseil économique et social, p.38; 600,000 stagiaires en Allemagne selon l'Agence Allemande pour l'Emploi (voir Institut für Arbeitsmarkt und Berufsforschung, March 20, 2007, Betriebspraktika – Auf Umwegen zum Ziel, Berlin: Bundesagentur für Arbeit); cependant, ce chiffre inclut uniquement les stages de courte durée au cours de l'année 2006 et non les stages ayant duré une année entière.
  2. Selon une étude du German University Information System, plus de 50% des stagiaires ne se sont pas vus confié de tâches précises; voir Briedis, K. & Minks, K.-H, April 2007, Generation Praktikum – Mythos oder Massenphänomen? HIS:Projektbericht, p.5
  3. Grühn, D. et. al., February 2007, Generation Praktikum? Prekäre Beschäftigungsformen von Hochschulabsolventinnen und –absolventen. Berlin: DGB, p.6
  4. Briedis & Minks, 2007, p.7
  5. Grühn, et. al., 2007, p.6
  6. Voir Wesfreid, M., January 26, 2006, Stages – La grande loterie, Paris: L’Express.